Two bodies; one spirit.Je me glissai dans mon cercueil aquatique. Il m'engloutit, et la totalité de mon corps disparut bientôt sous la masse liquide et translucide qui me brûlait la peau, apaisante. Je fermai les yeux et résolus de n'émerger qu'au bord du malaise. Et j'attendis, immobile. Il y avait sous l'eau une sorte de grondement sourd qui, étrangement, me confortait. A cela s'ajoutait le battement régulier de mon c½ur que j'entendais frapper comme s'il eût été au sein même de mon crâne. Je jugeai cette perception idéale ; elle me permettrait de déterminer la limite que j'attendais pour émerger.
Je trouvai l'inertie plaisante. Seuls les heurts cadencés de mon palpitant me rappelaient que j'étais en vie. Je tentai de m'élever au-delà du cadre spatial qui délimitait mon existence. Fût-ce un lac, une mer, un océan, peu m'importait. Je voyageai dans l'imaginaire. Mon apnée devint moins agréable, mais je refusai de quitter ma mort artificielle. Il fallait que j'atteigne la limite. Mon c½ur sembla s'agiter, réclamant son oxygène et assénant à ma poitrine de violents coups révoltés. Finalement, il s'apaisa en signe de résignation. Je m'interrogeai sur la sensation qui m'avertirait que j'avais atteint un extrême désormais dangereux. Peut-être ne sentirais-je rien. Je verrais. Les pulsations de mon c½ur s'espacèrent. Je me sentis faiblir. J'étais au seuil de l'asphyxie et trouvai la souffrance agréable. La limite était atteinte. Je brisai la surface de mon cercueil et émergeai, inhalant une bouffée d'air libératrice. Un voile brumeux m'aveugla un instant et disparut aussitôt. Je regrettai que mon corps ne m'eût pas permis une apnée plus longue.
Aussitôt, je ressentis une fatigue pesante qui me força à quitter l'eau de façon définitive. J'allai trouver le sommeil parmi l'amas de tissus qui constituait mon lit. Les fuites se succédaient.
Le silence régnait en maître. Seul le Temps abattait sa seconde régulière, impassible. Il semblait faire écho à mon coeur qui, un instant plus tôt, occupait l'espace de la même façon. On n'entendait rien d'autre. Je m'abandonnai en songeant qu'il n'y avait pas de plus grande liberté que celle octroyée par le sommeil. L'inconscient exulte, l'esprit est plus affranchi que jamais. Une symphonie désorganisée se met en place et se joue dans un silence physique des plus parfaits; nous sommes les seuls spectateurs des fantaisies de notre subconscient. Somme toute, le sommeil est une échappée précieuse et constitue l'ultime liberté de l'Homme. Je m'éveillai dans une semi-obscurité apaisante.
Aucun silence n'égalait celui-ci. J'embrassai la solitude avec fougue. Ne manquait qu'une présence qui n'eût rien troublé de cet agencement idéal; la Sienne. Ensemble, il nous arrivait de recréer cet absolu circonstanciel que je savourais allégrement. Je songeai qu'il n'y avait pas de preuve plus accablante que celle-ci quant au lien qui nous unissait; il relevait d'une osmose singulière et délicieuse.
Je me rendormis en souriant.